"Je me suis longtemps demandé ce que ça faisait de voir un mort.
Un vrai mort.
Pas un mort de la télé, qui lève encore la cage thoracique un chouia pendant que Jeanne Moreau lui pleure dessus, jetée sur sa poitrine, hurlant à l'injustice.
Pas un mort qui tombe lentement dans la pousière et qu'Harrisson Ford contemple gravement quelques secondes. Puis lui passe la main sur les paupières, qui par magie, resteront fermées, poétiquement, pour léternité, comme un dormeur du val.
En vrai on les scotche, les paupières, pour qu'elles tiennent fermées.
Je voulais en voir un, de mort, pas comme ceux dont on prend le pouls en une seconde, sous la mâchoire ou la paume de la main, en prenant un air grave le docteur Baker après avoir compté jusqu'à...euh deux (au delà ce n'est pas télégénique), se retournant vers les autres et leur annonçant, d'une voix blanche:
_ Il n'y a plus rien à faire, Charles Ingalls, je suis désolé. Harriet Olsen est morte.
D'abord les morts ont l'air... des morts.
ça a l'ai con, di comme ça, mais si vous n'avez jamais vu un mort, vous n'avez aucune idée de l'état de "non vivant".
C'est assez incroyable à regarder, c'est vraiment comme un interrupteur.
Une seconde vous êtes là : On
Une seconde plus tard vous êtes mort : Off
Mais off off. Un mort, c'est mort.
Plus inerte, c'est un caillou [...]
Puis on s'approche.
On regarde.
Quelquechose n'est plus là [...]
Ne subsiste qu'une sorte d'enveloppe flasque, ressemblant vaguement à un humain, une sorte de statue de cire du Grévin un peu ratée, allongée sur son lit, la bouche ouverte, le dentier fuyant, les yeux fixement tournés vers une applique ou la télé, les mains mollement pendantes ou béatement ouvertes vers le ciel.
Et cette couleur.
Cette couleur qui, comme un ciel dhiver vers 16h, tourne très très vite.
Un mauvais maquillage, un maquillage de débutante, qu'elle aurait fait sans miroir, avec des produits importés, un maquillage de peau asiatique sur une peau blanche, un truc raté et bizarrement changeant.
Le rose fait place au beige qui fai place au terne qui fait place au blanc qui fait place au bleu.
Si la cause du décès est une maladie, on observe d'autres couleurs aux noms inconnus, assez fascinants, ça et là, des hématomes ou des hémorragies, les plus curieux observeront des marbrures aux genous, sur les cuisses, sur les coudes, dautres noteront le violet prune des phanères et des lèvres [...]"
En vrai ma première urgence vital restera gravée en moi, je pensais pas mais je n'arrête pas d'y penser...
Eh ouai je suis en stage en réanimation et lundi 19 Novembre arrivé dans le service à 6h du mat' après un sal week end, mon patient qui était mal en point, pourtant je l'avais laissé extubé, reprise de l'alimentation petit à petit il revoyait le jour et je ne devais plus le revoir dans ce service, mutation à l'étage prévue dans le week end...
Relève box 10, patient intubé a 4h du mat', sur désaturation et bradycardie...
mais c'est Mr [...] MERDE ça sent pas bon...
effectivement on a enchainé la matinée avec massage cardiaque et doseS d'adrénaline.
Il nous fait une blague, il va se remettre à respirer c'est pas possible!
La dernière fois que je lui ai parlé il m'as dis : "stp laisse moi partir, détache moi!"
Merde il saigne, ça sort de partout ya 3 infirmières,2 médecins ou 3 je sais plus, un aide soignant ou 2 jsé plus et Moi...
JE SUIS LA MAIS TELLEMENT AILLEURS.
Je le regarde s'en allé, je sens que l'Ange de la mort n'est pas très loin...
Il s'en est allé, il voulait partir, c'était son heure.
Il m'a reparlé dans mes songes, je le revois, il sera toujours là ce monsieur qui était pas très vieux qui avait une goss de 16ans, une mère qui l'aimait énormément, ce monsieur qui a gaché sa vie avec l'alcool...
Timidement de la chambre d'à côté je relève le rideau pour le regarder après tout ce carnage on dirais qu'il ne s'est rien passé dans cette pièce, il est dans son lit allongé couvert d'un drap blanc, propre, jaune il a l'air paisible...enfin il a l'air...
Adieu